Tribune d'une lycéenne : "Allô maman... Il y a eu une fusillade à l'école"
- 27 mars 2018
- 3 min de lecture
Aujourd’hui, je veux juste écrire à propos de notre société.
Je sais que je devrais être objective en écrivant ces lignes. J’ai bel et bien essayé mais je n’y arrive pas.
Mon amertume ressort d’autant plus lorsque j’essaye malgré moi de la dissimuler.
Le 14 février 2018, un jeune homme âgé de 19 ans a ouvert le feu dans son ancien établissement scolaire en Floride aux Etats-Unis. Cela vous étonne-t-il ?
En Amérique du Nord, c’est devenue monnaie courante. Il s’agissait de la 18ème fusillade de masse de 2018 et la 291ème visant un établissement scolaire. Cela n’alerte-t-il personne ?
Les armes à feu font partie intégrante de la culture et de la loi Américaine (second amendement) depuis la Guerre de Sécession. Rendez-vous compte, il y a depuis 2015 plus d’armes à feu civiles en circulation que d’habitants.
Les élèves du lycée de Parkland, encore très choqués par ce qui vient de leur arriver, appellent à la réaction du gouvernement concernant le contrôle des armes à feu, pour éviter à d’autres de devoir faire face à cette atroce expérience.
Nicolas Cruz, le tireur, était en effet un amateur d’armes.
Dans le contexte du pays, la guerre des gangs, le racisme encore très présent ( récurrentes fusillades impliquant des policiers et des citoyens de couleurs) et la circulation des armes pas autant contrôlée que ce que le gouvernement voudrait nous laisser croire, une vie sans armes paraît tout bonnement impossible.
Pour les pro-armes (tels que la NRA : National Rifle Association, dont l'ancêtre est le KKK, et qui a un fort impact sur le gouvernement notamment par le lobbying) ainsi que pour le chef du gouvernement Donald Trump, le problème vient de la fragilité mentale de l’accusé.
Essayant de passer outre cette polémique, le président a tweeté dans l’après-midi suivant la fusillade : « Aucun enfant, enseignant ou quiconque, ne devrait jamais se sentir en danger dans une école américaine ». Quelles belles paroles, mais à quand les actes ?
Si cet adolescent était fragile psychologiquement, pourquoi possédait-il un tel arsenal ? Suis-je la seule à avoir l’impression que le gouvernement ne compte pas réagir en décidant de baisser les bras et de s’effacer face à ce problème qui fait des centaines de morts et des milliers de blessés tous les ans ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le pays compte le pire taux d’homicide par arme à feu dans le monde, avec 29,7 morts par million d'habitants pour les Etats-Unis contre 0.6 pour la France.
Comment pouvons-nous considérer ces actes affreux qui ôtent la vie à de jeunes innocents chaque jour comme faisant partie de la routine des citoyens ? Environ un mois plus tard, Emma Gonzales, survivante de la tuerie de Parkland élève la voix au nom de ses 17 camarades décédés afin de dénoncer la culture des armes dans son pays.
Les Américains et leur fameuse éloquence… Comment rester stoïque face à ce petit bout de femme ? Ces adolescents qui ont grandi avec les fusillades et qui désormais arrivent à l’âge de voter sont les plus à même de faire changer les choses.
Ils ont choisi leur camp : à 17 ans, ce sont déjà des activistes américains, militants en faveur du contrôle des armes à feu. La vie de milliers d'étudiants dépend de leur combat.
Ce dernier, médiatisé dans le monde entier, porte ses fruits. En effet, de grandes enseignes Américaines telles que Walmart relèvent l’âge de possession d'une arme à feu à 21 ans.
D’autres commerces suivent le mouvement, cependant, cela ne sera pas chose facile.
La puissance de la NRA face à des lycéens en colère n’est évidemment pas comparable. Toutefois, Emma Gonzales possède quelque chose de transcendant : l’espoir. L’espoir de changer les choses pour ses camarades.
A travers ses discours qui couvrent mon corps de frissons, je ne peux qu’affirmer que sa détermination est contagieuse et qu’il faut s’accrocher à notre combat et ne pas perdre de vue l’objectif d’une vie meilleure et d'une paix durable.


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